Le stress, la fatigue, une alimentation déséquilibrée ou la prise d’antibiotique réduise la variété des micro-organismes présents dans nos intestins, or leur diversité est fondamentale. Une chute de 30 à 40% de cette diversité peut provoquer l’apparition de certaine maladies chroniques : diabète de type 2, problème hépatique ou cardio-vasculaire. Inversement, en modifiant la composition du microbiote, nous pourrions prévenir certaines pathologies.
De manière générale, tout ce que nous touchons ou absorbons peut être suspecté dans cette perte de diversité. Parmi cette liste une classe de médicament inquiètent plus particulièrement les chercheurs : les antibiotiques. En effet, leur consommation n’a cessé d’augmenter depuis 60 ans. Les antibiotiques sauvent des vies mais à quel prix pour le microbiote ?
Comme vous le savez dorénavant, nous avons des milliers d’espèces de bactéries dans notre corps. Donc, lorsque nous prenons un antibiotique il est fortement possible qu’une ou deux de ces espèces disparaissent, perdues pour toujours. Probablement pas les bactéries présentes en très grand nombre mais celles qui sont moins nombreuses ont de fortes chances d’être touchées. Les antibiotiques sont conçues pour tuer les bactéries, pour les supprimer et les détruire. Dans l’intestin les antibiotiques font donc l’effet d’une bombe. Conçues pour détruire les bactéries pathogènes, ces derniers tuent indistinctement les bonnes et les mauvaises bactéries provoquant une véritable déforestation de cette flore intestinale pourtant indispensable pour notre santé.
De sérieuses études ont tenté de démontrer la corrélation entre prise d’antibiotiques et perte de diversité au niveau du microbiote. Dans les premières expérimentations, il a été donné des antibiotiques à des souris pendant leur vie entière. Ensuite, nous avons voulu savoir ce qui se passerait si nous leur en donnions seulement pendant un temps réduit. Nous avons alors observé que, dans certains cas, une courte période de prise d’antibiotiques avait un effet à court terme sur le microbiote. Mais il y a t-il aussi un effet à long terme sur le métabolisme des souris ? Et bien oui, en effet il y en a un. Même une courte perturbation du microbiote survenue tôt dans la vie à un effet à long terme sur la physiologie des souris.
En perturbant le microbiote avec des antibiotiques, les chercheurs observent que les souris prennent du poids. Ils constatent aussi que le système immunitaire est altéré. Certaines souris développent même une inflammation du colon, d’autres de l’asthme. La composition du microbiote est alors modifiée. Au fil des expérimentations, se dessine un constat lourd de conséquences. Le moment de l’exposition aux antibiotiques est crucial. Des antibiotiques donnés à de jeunes animaux ont bien plus d’effet que des antibiotiques donnés à des animaux plus âgés.
Et les bébés exposés aux antibiotiques alors ? Cette exposition précoce aurait-elle un rôle dans l’épidémie mondiale d’obésité ? Des études américaines ont montré une corrélation entre consommation d’antibiotiques avant l’âge de 6 mois et risque de développer un surpoids vers l’âge de 7 ans ainsi que des allergies. Ce constat est inquiétant et alarmant mais c’est une réalité. Si les enfants sont obèses ou développent de l’asthme il nous faut en trouver les causes. De plus, si le problème vient de nos bonnes intentions en leur donnant des antibiotiques, nous devons en prendre conscience, et si c’est le cas changer nos pratiques. Il ne faut absolument pas être contre les antibiotiques car ils ont sauvés de très nombreuses vies, il suffirait simplement de mieux les utiliser et plus intelligemment.
Source : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMcibr1409799

