Dans notre intestin vivent des milliards de bactéries. Cet écosystème, appelé flore intestinale ou microbiote, forme un organe unique, propre à chaque individu. Les chercheurs commencent à identifier ses multiples rôles dans l’organisme. Aujourd’hui, de plus en plus de recherches scientifiques ont notamment permis de mettre en évidence la corrélation entre dysbiose, c’est-à-dire un déséquilibre du microbiote intestinal, et de nombreuses maladies auto-immunes. Que ce soit les MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin comme la Maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique), la polyarthrite rhumatoïde ou encore le diabète de type 1.
Concernant le diabète de type 1, des chercheurs australiens sont allés jusqu’à identifier précisément certaines altérations du microbiote intestinal associées à l’apparition d’un diabète de type 1.
Ce diabète, appelé aussi diabète insulinodépendant (DID), représente 10 à 15% des cas de diabète soit environ 300 000 personnes. Il survient le plus souvent chez un sujet non obèse, avant l’âge de 30 ans. Il est dû à la destruction des cellules du pancréas spécialisées dans la production d’insuline (une hormone vitale qui régule le taux de glucose sanguin) : les cellules bêta des îlots de Langerhans. Cette destruction étant la conséquence d’une attaque par les défenses immunitaires du patient.
La cause de cette destruction est auto-immune (action anormale du système immunitaire) : l’organisme ne reconnaît plus les cellules bêta de Langerhans et les détruit via des anticorps et des lymphocytes T. Le glucose ne peut alors plus entrer dans les cellules et retourne dans le sang. Résultat : le taux de glucose dans le sang s’élève. La cause reste néanmoins encore inconnue : on ne sait pas exactement pourquoi elle se déclenche chez certaines personnes et non chez d’autres. Toutefois, plusieurs facteurs favorisants ont été mis en avant :
– Des facteurs environnementaux encore mal connus comme les toxiques, les virus, etc. D’ailleurs, le diabète de type 1 est souvent associé à d’autres maladies auto-immunes ( thyroïdite de Hashimoto, maladie de Basedow, myxœdème idiopathique, maladie d’Addison, maladie de Biermer, vitiligo, maladie cœliaque, etc.) ;
– Une prédisposition génétique au diabète de type 1 liée à certains gènes du système HLA situé sur le chromosome 6.
En revanche, les raisons du déclenchement d’une telle attaque demeurent imprécises.
Les travaux menés par l’équipe du Dr Emma Hamilton-Williams (Université du Queensland, Australie) ont permis de prouver que ces prédispositions génétiques provoquaient tout d’abord des modifications du microbiote intestinal, avec en autres une diminution des populations de Ruminococcus, Lachnospiraceae et des bactéries de la famille Clostridium. Ces modifications étant associées à une perturbation de l’auto-immunité, principalement médiée par l’interleukine 2 (un type de cytokine du système immunitaire, qui contribue à la réponse naturelle du corps à une infection microbienne (en stimulant la prolifération lymphocytaire) et à la différenciation de la réponse des lymphocytes T auxiliaires (en faisant la différence entre les cellules étrangères et personnelles). Dans un premier temps, cette démonstration fut faite sur des souris puis, dans un second temps, sur des humains prédisposés au diabète de type 1. Les auteurs vont désormais engager des essais cliniques d’immunothérapie pour tenter de démontrer qu’en corrigeant la dysbiose, le déclenchement du processus auto-immun pourrait être évité. Une telle découverte offrirait de nouvelles perspectives et de nouvelles voies thérapeutiques non seulement pour les personnes génétiquement prédisposées au diabète de type 1 mais aussi pour tous ceux qui seraient prédisposés à développer d’autres maladies auto-immunes impliquant des perturbations du microbiote intestinal. De quoi donner de l’espoir !
Une autre équipe de recherche coordonnée par Julien Diana, chargé de recherche à l’Inserm, s’est elle intéressée aux cathélicidines. Ces molécules sont des peptides (= petites protéines) antimicrobiens connues pour réguler le système immunitaire dans certaines maladies auto-immunes. Ces cathélicidines pourraient donc intervenir dans le contrôle du diabète de type 1.
Cette équipe de chercheurs a eu recours à deux types de souris : l’un en bonne santé et l’autre diabétique. Ils ont alors pu observer que les cellules pancréatiques des souris saines produisent des cathélicidines alors que les souris diabétiques en produisent que très peu. Afin de vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont injecté ensuite les cathélicidines chez les souris malades. Julien Diana conclu « L’injection de cathélicidines réfrène la mise en place de l’inflammation au niveau du pancréas et ainsi, réprime le développement du diabète auto-immun chez ces souris ».
Par ailleurs, la synthèse des cathélicidines est stimulée par des acides gras à chaîne courte produits par certaines bactéries du microbiote. La faible production de ces peptides chez les souris diabétiques pourrait donc bien être liée à une dysbiose. Les expériences ont confirmé que les souris malades présentent un déficit d’acides gras à chaîne courte comparées aux souris en bonne santé. Ils ont alors transférer un échantillon de microbiote de souris saines chez les souris malades, ce qui a permis de rétablir un niveau normal de cathélicidines chez ces souris. Entraînant ainsi une diminution de l’incidence du diabète.
« Ces travaux sont une nouvelle preuve du rôle indéniable du microbiote dans les maladies auto-immunes, plus particulièrement dans le contrôle du développement du diabète auto-immun », affirment les auteurs.
Jane A. Mullaney et coll. Type 1 diabetes susceptibility alleles are associated with distinct alterations in the gut microbiota. Microbiome 2018 ; 6 : 35 (article publié le 17 février 2018)
Laetitia Furio, Ramine Mecheri, Peter van Endert, Birgitta Agerberth, Julien Diana, Jia Sun Pancreatic β-Cells Limit AutoimmuneDiabetes via an Immunoregulatory Antimicrobial Peptide Expressed under the Influence of the Gut Microbiota Article VOLUME 43, ISSUE 2, P304-317 (august 18, 2015)
