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L’implication du microbiote intestinal pendant la grossesse

Prise de poids chez la femme enceinte 

Une étude finlandaise offre de nouveaux éléments sur l’étude du microbiote intestinal pendant la grossesse et notamment son implication sur l’augmentation de la masse corporelle des femmes enceintes.

La grossesse est une période de grands bouleversements. Aussi bien hormonaux, métaboliques et immunologiques. Et le microbiote intestinal n’échappe pas à la règle. Nous savons désormais qu’il est affecté par l’obésité maternelle et qu’il a un impact sur santé de la mère comme sur celle de l’enfant à naître.

Des chercheurs ont voulu savoir s’il est également relié à la prise de poids des femmes enceintes.

Deux populations de bactéries dominantes ont alors été identifiées. En effet, l’analyse des microbiotes à 24 semaines de grossesse a montré une dominance de bactéries appartenant aux Firmicutes (53,3 % des femmes) et aux Bacteroidetes (45,9 %), deux espèces qui regroupent la majorité des bactéries composant la flore intestinale chez les êtres humains. Les chercheurs les ont ensuite divisé en deux groupes selon la dominance en Firmicutes ou en Bacteroidetes (28 individus vs 18) afin de corréler ces données aux caractéristiques cliniques.

Mais alors concernant la prise de poids, y a t-il une prédominance bactérienne ?

Il semble que le gain de poids chez les mères au cours de la grossesse est supérieur dans le groupe à prédominance de Bacteroidetes alors que 61 % d’entre elles avaient un poids de départ normal. Parallèlement, le groupe Firmicutes, de taille plus conséquente, était composé à 85,7 % de femmes de poids normal avant leur grossesse.  

Autre point essentiel : la diminution de la diversité bactérienne observée chez les mères avec une dominance des Bacteroidetes, le constat suggère qu’un écosystème intestinal sain est corrélé à un degré élevé de diversité microbienne, contrairement aux pathologies inflammatoires intestinales ou à l’obésité par exemple l’on constate une perte gigantesque de diversité bactérienne. Cette étude soutient alors l’hypothèse du lien entre composition du microbiote digestif et prise de poids durant la grossesse. Malgré tout, des études supplémentaires devront être réalisées sur des groupes plus importants de femmes enceintes et prenant en compte les apports alimentaires, entre autres, afin d’approfondir cette relation.

Rôle chez la femme enceinte

Comme vous le savez sans doutes maintenant, le rôle du microbiote intestinal est important, et ce rôle est essentiellement local mais peut avoir des incidences à distance.

Le microbiote intestinal joue un rôle essentiel dans le maintient des structures nerveuses et immunitaires de la paroi du tube digestif. De plus, lors de la grossesse, le microbiote intestinal va constituer « à distance » les microbiotes placentaire et mammaire.

En effet, récemment, on a mis en évidence chez la femme enceinte des « nouveaux » microbiotes là ou on ne les attendait pas ! On pensait effectivement que le placenta et les glandes mammaires étaient stériles. Or, on sait aujourd’hui qu’il existe un microbiote placentaire et un microbiote mammaire, formés à partir du microbiote intestinal maternel par les cycles entero-placentaire et mammaire :

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Leur rôle lors de la grossesse se révèle essentiel pour la santé du futur nouveau-né, car ils sont à l’origine de la formation du propre microbiote de l’enfant, et de l’induction de son immunité.

Enfin, le microbiote vaginal, qui s’interpose entre la région périnéale, remplie de germes, et l’utérus, qui doit rester stérile a pour rôle principal d’acidifier le milieu vaginal afin d’empêcher le développement d’infections.

Conséquence d’un microbiote maternel déficient

Il existe de nombreuses causes d’altérations du microbiote, en particulier chez la femme enceinte; la plus fréquente sont les antibiotiques (voir article sur les antibiotiques) qui détruisent les bactéries qui composent le microbiote; il y a alors perte de diversité et on peut alors parler de dysbiose. Lors de la grossesse, les conséquences de ces altérations sont importantes pour la santé du futur enfant.

Deux exemples possibles parmi tant d’autres :

  • prématurité en cas de dysbiose vaginale
  • asthme et surpoids pour l’enfant en cas de dysbiose intestinale maternelle

Peut-on agir sur le microbiote !

Heureusement, il est possible d’agir sur un microbiote altéré. Pour cela, on donne des probiotiques, qui sont des « bonnes bactéries » qui vont pouvoir restaurer un microbiote « sain ». Ainsi, une voie toute nouvelle s’est ouverte récemment : interagir sur les micro-organismes de la femme enceinte pourrait générer des bénéfices très importants pour la santé du futur enfant.

Sources : Aatsinki, A.-K. et al. Gut Microbiota Composition in Mid-Pregnancy Is Associated with Gestational Weight Gain but Not Prepregnancy Body Mass Index. J Womens Health (Larchmt) (2018). doi:10.1089/jwh.2017.6488

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